Informer n’est pas
un délit

Informer n’est pas un délit mais pourrait bien le devenir. Et c’est un cri d’alarme que lance le collectif de 16  journalistes coauteurs de ce livre – manifeste. Selon eux, la tendance forte, en France, est à la criminalisation des journalistes à la traque de leurs sources, à la punition des lanceurs d’alerte.

A l’origine de ce manifeste, la découverte d’articles dévastateurs pour la liberté d’informer, dans le projet de loi sur « le secret des affaires » du ministre Macron et de la Commission européenne. De façon plus générale, les auteurs passent en revue diverses catégories de maîtres censeurs. Par exemple les politiciens locaux qui, via la publicité publique, décident de la viabilité des médias en fonction de la complaisance  des journalistes; il y a aussi la  multiplication des procès de presse, exemples à l’appui, sans oublier le mur des « communiquants » devant chaque entreprise ou administration. «Tenter de le franchir, c’est comme de vouloir escalader l’Everest en tong ».

Mais l’ouvrage met surtout en  lumière deux domaines où cette volonté de restreindre le champ d’action des journalistes s’exerce de manière de plus en plus redoutable. Il s’agit de nouvelles dispositions légales permettant aux services de renseignement de traquer les journalistes et leurs sources, grâce à des moyens tels que la mise sur écoute, la filature ou le siphonage du contenu des ordinateurs ou des smartphones.

Il s’agit surtout de  la perspective d’une nouvelle législation européenne concernant « le secret des affaires ». Elle s’élabore en sous-main, dans les coulisses de Bruxelles, sur pression de divers lobbies, liés à la grande industrie et aux multinationales.

Selon les 16 auteurs, tous enquêteurs patentés, le projet des multinationales, c’est d’exercer un contrôle absolu sur tout ce qui les concerne. Si la loi passe, le secret concernera alors « la composition des produits y compris alimentaires, celle des médicaments, des relevés de mesures environnementales, dont les émissions de substances  chimiques». Le « secret des affaires » devrait même s’étendre aux contrats publics, « pour permettre aux multinationales la  captation de l’argent public à l’abri des regards ». Selon l’Association des journalistes économiques français avec un tel texte, aucune information du public n’aurait été possible dans  l’affaire du Médiator,  ni dans celle des implants mammaires ou de divers scandales financiers.

Conclusion du collectif d’auteurs : cette tendance vers plus d’opacité et de secret, ne peut que renforcer l’attrait, auprès des jeunes en particulier, des théories de la conspiration et du complot. Il est dès lors vital que «  la transparence devienne enfin la règle et le secret l’exception. Il en va du lien social, du renforcement de la démocratie et d’une dynamique indispensable entre pouvoir et contrepouvoir»  Vœu pieu ? En  tout cas INFORMER N’EST PAS UN DELIT, c’est un livre, mais aussi un mouvement. Il a lancé, une pétition  contre la loi sur « le secret des affaires », que l’on peut signer sur internet.

Eliane Ballif. 22  février 2016


Genre: Livres de journalistes
Thèmes: Médias
1 avril 2016

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