Le monde est mon métier par Guetta Bernard, Lacouture Jean

Sur fond d’histoire de la deuxième moitié du 20e siècle, une réflexion croisée belle et honnête sur le journalisme, ses fonctions et ses paradoxes.

Il y a tout à craindre des rencontres entre vieux combattants. Le risque est grand qu’elles n’aboutissent qu’à une série d’anecdotes enivrantes où le récit de hauts faits tient lieu de contenu. Ce n’est pas le cas – du moins, pas trop – pour cet entretien de deux grandes figures du journalisme français. Leur échange n’échappe pas tout à fait à l’écueil de l’autobiographie héroïque. Heureusement, on y parle avant tout de journalisme, de sa mission, de ses pouvoirs et de ses contradictions.

Auteur d’un tombereau de biographies, dont celles de Malraux, Mendès France, Léon Blum, De Gaulle, Mitterrand, Jean Lacouture a marqué l’histoire du journalisme français par son engagement en faveur de la décolonisation française. Son cadet lui a emboîté le pas trente ans plus tard, dans un combat contre les régimes communistes qui lui a permis d’assister en direct à l’effondrement du marxisme en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Union soviétique.

Le journalisme doit-il dramatiser la réalité, refléter un engagement, comme le préconise Bernard Guetta, ou au contraire, « tamiser » les événements, en être « l’abat-jour », selon les mots de Jean Lacouture qui définit la vérité comme « un matériau très inflammable » et la transparence comme « l’évidence des sots » ? Les meilleures pages du livre arrivent lorsque les deux compères s’attardent sur une série de notions qui les met d’accord tout en marquant leurs différences : pour Bernard Guetta, les journalistes sont faits « pour braquer les projecteurs sur l’intolérable et permettre qu’il ne soit plus toléré ». D’accord dit Lacouture : de sa fonction de « transmission », le journalisme peut devenir « d’éclairage » et même, de « mise à feu, faisant brûler la chose à force de l’éclairer ». Mais attention, c’est seulement une « dérogation » qu’on s’accorde à soi-même…

Sans doute cette ligne de démarcation reflète t-elle avant tout une différence de génération : Lacouture écrit à l’époque d’une presse généralement contrôlée par le pouvoir – de Gaulle est alors aux commandes. Lorsque Guetta écrit, Mai 68 puis François Mitterrand ont bouleversé les mœurs médiatiques. Sur le fond, les deux sont donc d’accord : quelle que soit son empathie pour un camp ou un autre, un journaliste doit s’en tenir aux faits, ou perdre sa crédibilité. Ce qui ne signifie pas qu’il doit tout dire : selon les circonstances, la révélation de la vérité pose problème. Elle doit parfois se cacher. Ou se crypter. Bel aveu d’un paradoxe auquel on n’échappe sans doute jamais.

Pierre-Louis Chantre

Grasset


Genre: Livres sur le journalisme
Thèmes: Médias
11 mai 2015

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