INTERVIEW – Rolf WIDMER, président de la Fondation suisse du Service social international

Président de la Fondation suisse du Service social international, Rolf Widmer estime que l’accompagnement de ces jeunes migrants isolés peut être amélioré.

En 2015, l’afflux de mineurs non accompagnés (MNA) a surpris. Certains cantons ont eu du mal à faire face, notamment en ce qui concerne la scolarisation et l’hébergement de ces jeunes migrants. Quelques semaines après la rentrée 2016, une question se pose : où en sommes-nous ? Eléments de réponse de Rolf Widmer, président de la Fondation suisse pour le Service social international qui a, entre autres, mis sur pied un programme d’aide pour les MNA.

Selon vos observations, quelle est la situation des MNA en Suisse ?
D’un point de vue logistique, leur situation est correcte. La grande majorité des MNA ont un logement et sont scolarisés. Ce qui n’a pas toujours été le cas. En 2015, certains cantons ont mis du temps à réagir. A Genève, par exemple, ces jeunes n’ont pas été à l’école pendant plusieurs mois et ils étaient hébergés dans des centres pour adultes. Mais depuis la situation s’est stabilisée. Une routine s’est installée. Même si je ne pense pas que cette routine soit toujours bien adaptée.

En quoi n’est-elle pas adaptée?
Souvent, les MNA ne bénéficient pas d’un encadrement personnel. Les accompagnateurs ne sont pas assez nombreux. Du coup les jeunes n’ont pas de personne de référence qui les suit individuellement et les encourage à se réaliser. En Thurgovie, les enfants sont même livrés à eux-mêmes durant la nuit. Par ailleurs, il y a un gros problème d’insertion socio-professionnelle.

Quels sont les défis liés à l’intégration de ces jeunes ?
Tout d’abord, il faut savoir que les trois quarts des MNA arrivent, lorsqu’ils ont entre 15 et 17 ans. Ils ne connaissent pas la langue et ont des niveaux scolaires très différents : certains sont bien éduqués, tandis que d’autres ne sont jamais allés à l’école. De plus, tous ne savent pas s’ils pourront rester en Suisse. Il est donc difficile de les former et les rendre autonomes pour leurs 18 ans, âge auquel les cantons estiment généralement ne plus avoir à s’occuper d’eux.

Que faudrait-il mettre en place pour faciliter cette intégration ?
Le plus important, c’est d’évoluer avec l’enfant. Il faut identifier ses intérêts et ses compétences, puis voir de quelle manière on peut les valoriser. Je pense que le mieux serait de créer des formations modulaires. Les jeunes, qui n’ont pas encore les connaissances linguistiques ou théoriques nécessaires pour suivre un cursus professionnel, pourraient déjà travailler chez un patron. Ce seraient des sortes d’ateliers d’environ 6 mois durant lesquels les jeunes commenceraient à apprendre quelques aspects du métier.

Investir dans la formation des MNA, c’est important d’après vous ?
Absolument. Et c’est aussi dans l’intérêt de notre société. Si nous investissons maintenant dans la formation de ces jeunes, ils seront moins dépendants de l’assistance plus tard.

Vous avez cité beaucoup d’exemples négatifs. Aucun canton ne traite-t-il cette question de la bonne manière ?
Si, bien sûr. Berne et certains autres cantons ont mandaté des professionnels qui s’occupent très bien des MNA. Dans le canton de Vaud, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) fait aussi du bon boulot : un établissement n’y accueille pas plus de 40 jeunes et ces derniers évoluent en petits groupes dans de vrais lieux de vie et non pas des casernes.

Comment expliquez-vous cette disparité de traitement d’un canton à l’autre ?
Ca dépend beaucoup de la volonté politique. Quand un canton veut bien faire, il s’en donne les moyens.

Tous les cantons n’ont pas les mêmes ressources. N’y aurait-il pas également une raison économique ?
Ça me fait toujours rire quand on dit ça en Suisse. Il y a tellement de choses qu’on jette. Si vous faites un appel pour tant de chaises ou de tables, vous les trouvez tout de suite. Offrir à ces jeunes un bureau pour faire leurs devoirs et un espace personnel où ils peuvent se retirer, à mon avis, c’est avant tout une question de respect de l’autre.

Crédit photo : Delphine GASCHE

Interview réalisé par Delphine GASCHE.

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